Le surplus par la perte

Représentations et physicalité
de l’excédent de peau non intentionnel

Appel à textes

L’enveloppe du corps a ceci de différent avec l’enveloppe qui ceint nos organes qu’elle le contient plus ou moins étroitement en fonction de plusieurs facteurs : l’âge, les accidents de la vie ou encore sous l’effet de pratiques ou d’hygiène de vie changeantes. Cette enveloppe peut se déformer, se rétrécir, s’étirer et ne pas revenir à sa dimension initiale. Ce changement peut être volontaire et recherché (body art, …) ou involontaire (accident, hygiène de vie, …), il peut être en lien avec l’alimentation, le sport, ou la vieillesse. Ainsi par exemple, avec l’avancée en âge et la perte de collagène associée et donc d’élasticité, le travail quotidien de la pesanteur inexorablement distend la peau (Vigarello, 2008). De même, une brusque perte de poids ne donne pas suffisamment de temps à la peau pour se rétracter naturellement provoquant ainsi un surplus qui tombe, c’est le cas des corps gros, musclés. La composante genrée est également importante dans l’appréhension de ce surplus. Les femmes concernées par la grossesse ou soumises davantage à des restrictions alimentaires appréhendent la création potentielle d’un tablier abdominal. Les hommes voient eux aussi leur corps se transformer, certains disent se féminiser, par la création de seins tombants due à la diminution des muscles pectoraux ou de la graisse pectorale. L’image de soi, de ce corps plissé, s’en trouve particulièrement affectée (Le Breton, 2003) et au-delà transforme également la construction psychique (Anzieu, 1985).

Comment se représenter qu’un excès résulte d’une perte ? Comment ce surplus de peau induit par une perte est-il vécu par les individus ? Comment la peau qui retrace l’histoire biographique devient-elle un marqueur mémoriel de l’avant ? Comment les perceptions genrées influent-elles sur l’acceptation ou l’appréhension de ce surplus de peau ? Comment ce surplus de peau handicape-t-il et stigmatise-t-il au quotidien (Goffman, 1975) ?

Cette livraison de La Peaulogie interroge ainsi les représentations et la physicalité de ce surplus de peau quand celui-ci est dû à une perte qu’elle soit de masse ou pour tout autre raison mais non intentionnellement. Elle se concentre donc sur l’excès par la perte quand celui-ci se situe dans des configurations accidentelles. Il ne s’agit donc pas d’une problématique orientée vers l’intentionnalité. Anthropologiquement, les représentations concernant les ajouts et retraits intentionnels n’ont pas forcément de corrélation avec la compensation face aux impondérables (Zbinden, 1997). L’utilisation de l’excédent par la béance, le vide, et des dispositifs qui viennent le remplir est différente de celle du trop-plein (Le Breton 2002). Ce numéro abordera cette problématique du surplus de peau dans une optique pluridisciplinaire, est convoqué ainsi le regard des différentes sciences humaines et sociales.

Ghislaine GALLENGA, coordinatrice du numéro thématique

Les propositions d’articles pourront s’inscrire dans un des axes suivants ou proposer une orientation nouvelle.

1-La perte de masse

La masse peut être graisseuse ou musculaire. Les personnes en situation d’obésité qui perdent très rapidement parfois jusqu’à 70% de l’excès de poids en un an après une chirurgie bariatrique se trouvent potentiellement confrontés à cet excédent de peau (Marcellini Fortier, 2014), au point que l’anticipation de celui-ci peut être un frein à l’opération (Perera et al., 2019). De même, les culturistes, les lutteurs de sumo et plus généralement les sportifs de haut niveau à l’arrêt de leur carrière ou du sport rencontrent le même problème du surplus de peau liée à la perte de masse musculaire (Perera, 2017).

Comment ce surplus de peau peut-il être un rappel de l’échec ou de la fin d’une carrière sportive ? Comment le gain de peau peut-il être vu comme un échec ou comme un effet secondaire qui viendrait contrecarrer les efforts pour perdre de la masse ?

 2-La perte liée à un accident

La santé et la biomédecine sont des domaines où se manifestent également ce surplus de peau. Cet excédent peut être vu comme une victoire sur un combat personnel ou comme une réparation d’une injustice dans le cas d’un accident. Cela change-t-il le regard que l’on porte sur cette peau ? Comment dans le cas des accidents de la vie, les brûlures par exemple (Dubuis, 2014), le traitement ajoute-t-il un excédent qui peut être vu comme un stigmate supplémentaire ? À l’inverse, en cas de maladie, une reconstruction après une mastectomie par exemple (Fortier, 2020), cet excédent de peau ne se parerait-il pas d’une valence positive ?

3-La perte du surplus

L’excédent de peau, quelle que soit son origine, une fois installé est quasiment irréversible. Les conséquences ne sont pas uniquement sociales ou psychologiques, mais elles concernent aussi la santé et l’hygiène. Les frottements, les plis de peaux et entre ceux-ci la macération de la transpiration provoquent des érosions ou des dermatoses qui peuvent être handicapantes.

Entre acceptation et refus de ce surplus, tout un champ des possibles se dessine (Andrieu et al. 2008). Comment normalise-t-on son corps (Gilman, 1999) ? Qu’il s’agisse de chirurgie réparatrice ou esthétique, de pratiques intensives de sport, de l’usage de crèmes, de gaines, comment accepte-t-on ou remédie-t-on à ce surplus ? Qu’en fait-on ? Comment vit-on avec ?

Anzieu D., (1985), Le Moi-peau, Paris, Dunod, 254.

Dubuis A., (2014), Grands Brûlés de la Face. Épreuves et Luttes pour la Reconnaissance, Lausanne : Antipodes, 350.

Andrieu B., Boëtsch G., Le Breton D., Pomarède N., Vigarello G., (2008), La peau. Enjeu de société, Paris : CNRS Éditions, 344.

Fortier C., (2020), Seins, reconstruction, et féminité. Quand les Amazones s’exposent, Droit et Cultures, 80, 2, mis en ligne le 23 février 2021, consulté le 04 mai 2021, URL : http://journals.openedition.org/droitcultures/6721

Gilman Sander L, (1999), Making the body beautiful : a cultural history of aesthetic surgery, Princeton : Princeton university press.

Goffman E., (1975), Stigmates : Les usages sociaux des handicaps, Paris : Éditions de Minuit, 180.

Le Breton D., (2002), Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles, Paris : Métaillié, 228.

Le Breton D. (2003), La peau et la trace : sur les blessures de soi, Paris : Métaillé, 144.

Marcellini A., Fortier V., (dir.), (2014), L’obésité en question : analyse transdisciplinaire d’une épidémie, Bordeaux : Éditions Les Études hospitalières, 246.

Perera É., Marcellini A., Matichescu M., Nocca D., (2019), Contrôler sa silhouette : l’obésité face aux pressions sociales du recours aux techniques (biomédicales) de modification du corps, Corps, 2019/1, 17, 329-337.

Perera É., (2017), Emprise de poids : Initiation Au Body-Building, Paris : L’Harmattan, 214.

Vigarello G., (2008), “Corps âgé, corps esthétisé, réflexions historiques”, in Boëtsch Gilles, Andrieu Bernard, Le Breton David, Pomarède Nadine, Vigarello Georges, 2008, La peau. Enjeu de société, Paris: CNRS Éditions, 115-123.

Zbinden V., (1997), Piercing, Rites ethniques, pratique moderne, Lausanne : Favre, 176.

Calendrier

Propositions de contributions attendues de décembre 2022 à février 2023
Date butoir de remise des articles : 4 février 2023
La publication du numéro est prévue pour l’été 2023

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