Marc LAFRANCE Université Concordia, Canada Geneviève DESCHAMPS traduction   Cet article a été réimprimé avec l’autorisation de la revue scientifique Body and Society (SAGE). Il s’agit d’une version légèrement révisée et traduite de l’article intitulé « Skin Studies: Past, Present and Future », vol. 24, no 1-2, p. 3-32. Référence électronique Lafrance M. (traduit par Deschamps G.), (2018). « Études [...]
Read more

« C’est pour vous ! »
…me dit le Pr Martine Bagot en voyant entrer une patiente dont le visage était couvert de pansements.
C’était le premier jour en 2011 de ma collaboration bénévole à sa consultation. Je suivais donc Mme O de 2011 à 2014 une fois par quinzaine de ses 32 ans à ses 34 ans.

Read more

Comme la science et la philosophie, par des voies qu’il serait imprudent de négliger, l’art interroge le monde et nous alerte. Son champ est celui du monde sensible, des perceptions et des affects, celui des apparences. Depuis Platon et les Pères de l’église il fut un objet de suspicion majeur en opposition au monde des idées et à la spiritualité. Ce qui fut reproché au paraître c’est qu’il s’arrête à la surface des choses, à la superficialité par nature trompeuse. Que dire alors du monde de la peinture qui n’est que surface, rien que surface. La peinture s’est pourtant vue confier la charge du spirituel puis celle des vertus et des états d’âme. Le trompe-l’œil par exemple expose le faux pour dire le vrai et in fine nous alerte du sensible et des illusions. Cette forme un peu spécieuse, vraie en surface et fausse en substance, pose assez clairement la question première et toujours actuelle de l’art pictural : la peinture doit-elle s’excuser des apparences et de la surface à laquelle elle serait condamnée ? Je souhaiterais montrer que c’est précisément par la surface, celle de la peinture mais aussi celle des choses, que le monde se révèle, qu’il nous fait signe, à l’image de la peau qui lorsqu’elle se manifeste nous alerte de notre état.

Read more

Une approche historique rappelle que la peau reste l’objet d’innombrables attentions et intérêts socioéconomiques à mesure notamment de l’avancée vers la « civilisation des loisirs » (Dumazedier, 1962), la balnéarisation des sociétés (Bodin et al., 2009 ; Andrieu, 2008) et les avancées en termes de connaissances biochimiques, dermatologiques ou cosmétologiques. Des produits et des services sont vendus soulignant les bénéfices escomptés pour la peau. Des activités éducatives, thérapeutiques, ludiques ou récréatives sont préconisées ou au contraire proscrites : relaxation, massages, bains et natation, sports nautiques, jeux de plage, sports de combat, etc. Les critères de prè/pro-scription sont adossés parfois à des connaissances scientifiques, parfois à des ficelles marketing ou à des croyances et présupposés plus ou moins fallacieux… Le marché du bien-être ne se dément pas ces dernières décennies, et la peau constitue un organe particulièrement choyé. Mais l’ambivalence est le maitre-mot de la vie humaine comme David Le Breton par exemple le démontre (1990).

Read more